L'essentiel
Quatre écoles primaires du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), à Côte-des-Neiges, font partie depuis la rentrée 2026 d'un réseau d'écoles associées de l'Université de Montréal, pensé sur le modèle des centres hospitaliers universitaires (CHU) [2]. L'idée : former les futurs enseignants dans l'école même, avec une année de résidence où l'étudiant reste dans la même classe dès l'automne, en coenseignement avec l'enseignant titulaire. Le modèle roule depuis trois ans dans une autre école montréalaise. Dans les quatre écoles du CSSDM, la résidence n'est pas encore lancée : les rencontres portent d'abord sur le partenariat [1]. Les résidents ne sont pas payés, le ministère n'est pas impliqué pour l'instant, et le projet vit de dons privés [1].
Ce qui a été annoncé
Le 27 août 2026, dans son communiqué de rentrée, le CSSDM a présenté le Réseau des écoles associées, piloté par la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal et inspiré des centres hospitaliers universitaires [2]. Quatre écoles en font partie : Iona, Simonne-Monet, Notre-Dame-des-Neiges et La Voie.
Le CSSDM donne trois objectifs au réseau : soutenir les équipes-écoles, mieux préparer les futurs enseignants aux conditions réelles des classes, surtout en milieu défavorisé, et aider à garder le personnel en début de carrière [2].
Le 16 octobre 2026, Radio-Canada a décrit le projet plus en détail [1]. Pour l'instant, les rencontres préliminaires dans chaque école portent sur le partenariat avec l'université. Le partenariat pourra devenir un projet de résidence, selon la volonté des équipes. L'université espère qu'une vingtaine d'écoles deviendront à terme des écoles associées ou des écoles de résidence.
Une résidence, concrètement
Le modèle a été rodé depuis trois ans à l'école Vanguard, à Montréal, dont tous les élèves ont des difficultés d'apprentissage [1]. Trois choses le distinguent d'un stage habituel.
| Stage habituel | Résidence (modèle Vanguard) | |
|---|---|---|
| Arrivée en classe | Souvent quelques mois, par exemple à l'hiver | Dès l'automne, dans la même classe |
| Cours universitaires | À l'université, avant ou après le stage | En même temps que la pratique, donnés dans l'école |
| Rôle en classe | Prise en charge progressive | Coenseignement avec l'enseignant titulaire |
Arriver en septembre change beaucoup de choses. Le résident voit la planification annuelle se construire et apprend la gestion de classe pendant la période où elle s'installe. Il peut aussi prendre en charge de petits groupes d'élèves en difficulté, et partager avec l'enseignant les techniques qu'il essaie [1].
Martine Jalette, enseignante au primaire à Vanguard, compte 17 ans d'enseignement. Elle explique à Radio-Canada que la résidence lui donne du matériel qu'elle peut réutiliser l'année suivante [1]. Elena Romero a participé au programme l'an dernier et enseigne aujourd'hui à Vanguard. Selon elle, les résidents peuvent appliquer les nouvelles notions dès qu'ils les reçoivent, en faisant des tests en classe [1].
Pour les parents : un deuxième adulte, et des questions légitimes
Si l'école de votre enfant devient une école de résidence, vous verrez un deuxième adulte en classe toute l'année, pas seulement quelques semaines. C'est un étudiant en formation, qui travaille avec l'enseignant titulaire. Pour un élève, ça peut vouloir dire plus d'aide en petit groupe. Pour une classe, ça veut aussi dire un adulte de plus à connaître et à qui faire confiance.
Rien n'oblige à attendre une annonce. Ces questions sont raisonnables à poser à la direction ou au conseil d'établissement :
- L'école participe-t-elle au Réseau des écoles associées, et y aura-t-il une résidence dans la classe de mon enfant cette année ?
- Quel sera le rôle du résident : petits groupes, enseignement à toute la classe, aide aux devoirs ?
- Comment les familles seront-elles informées de sa présence et de son nom ?
- Le conseil d'établissement a-t-il été consulté ?
Ce qui reste à régler
Le projet est jeune, et plusieurs questions ne sont pas tranchées. Radio-Canada en relève quatre [1].
- La rémunération. Les résidents ne sont pas payés. L'Université de Montréal souhaite un modèle rémunéré comme en médecine, mais il faudrait rouvrir les conventions collectives. La prochaine ronde de négociation commence à l'hiver 2028. Le Parti québécois, le Parti libéral et Québec solidaire se sont dits favorables à la rémunération des stages pendant la campagne électorale.
- Le financement. Le réseau est financé entièrement par la philanthropie. La Fondation Famille Michel Fournelle a versé 5 millions de dollars, le plus grand don jamais reçu par la Faculté des sciences de l'éducation [4]. Le chancelier de l'université, Frantz Saintellemy, a ajouté 2 millions [1].
- Le rôle de l'État. Le ministère de l'Éducation n'est pas impliqué pour l'instant.
- L'accueil syndical. Il est partagé. La FSE-CSQ appuie une année de résidence payée, et la FNEEQ-CSN voit la mesure d'un bon œil. La FAE dit ne pas avoir de position. L'Alliance des professeures et professeurs de Montréal (APPM), affiliée à la FAE, juge le projet « préoccupant et précipité » dans un avis de huit pages rédigé à l'été 2025. Elle s'inquiète de la charge de travail, de l'autonomie professionnelle, d'un manque de transparence envers les comités de participation et de la place des dons privés dans l'école publique [1].
La proposition syndicale : une 4e année de stage devenue résidence
L'idée ne vient pas seulement de l'université. Le 1er mai 2026, la FSE-CSQ a présenté les résultats d'un sondage auprès d'environ 5 700 membres sur une année de résidence, qui remplacerait le stage de 4e année du baccalauréat [3]. Les membres appuient largement ses grandes lignes :
| Élément proposé | Membres en accord |
|---|---|
| De septembre à juin, pour couvrir toute l'année scolaire | Plus de 85 % |
| Environ 40 % du temps d'enseignement, soit le stage 4 actuel réparti sur l'année | 82 % |
| Présence chaque jour à l'école | 82 % |
| Partie pratique sous la responsabilité de l'enseignant associé | Près de 94 % |
| Partie théorique sous la responsabilité de l'université | 88 % |
| Rémunération égale pour tous les stagiaires | Près de 77 % |
Le sondage Web s'est tenu du 6 janvier au 2 février 2026 [3]. Le modèle du CSSDM et celui de la FSE-CSQ se ressemblent sur le fond (une année complète, dans une même école) mais pas sur un point clé : la proposition syndicale prévoit une rémunération, le projet actuel non.
Et l'abandon en début de carrière ?
C'est l'argument central du projet. L'Université de Montréal écrit que les conditions des milieux défavorisés expliquent pourquoi les abandons sont si nombreux tôt dans la carrière, malgré la qualification [4]. Le CSSDM, lui, parle de rétention du personnel en début de carrière [2].
Un chiffre précis manque toutefois. Radio-Canada note que les données réelles sur les départs d'enseignants au Québec sont difficiles à obtenir [1]. Il faudra donc juger le modèle sur ses propres résultats, à mesure que les écoles du réseau en publieront.
Ce que vous pouvez faire
Si vous enseignez dans une des quatre écoles, les rencontres préliminaires sont le bon moment pour poser vos conditions : temps de planification commune, rôle exact du résident, reconnaissance du travail d'accompagnement. Le projet avance seulement si les équipes le veulent [1].
Si vous enseignez ailleurs et que le modèle vous intéresse, devenir enseignant associé pour les stages actuels est la porte d'entrée la plus directe. Parlez-en à votre direction et au bureau des stages de l'université de votre région.
Si vous êtes parent, posez les questions de la liste plus haut. Un deuxième adulte formé en classe est une bonne nouvelle quand les familles savent qui il est et ce qu'il fait.
Un résident se joint à votre classe ? Présentez-le aux familles dès septembre, dans le même fil que vos messages de classe. LinoClass réunit portfolio et messages aux parents, avec les renseignements des élèves hébergés au Québec (voir notre politique de confidentialité).
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